French English German Italian Portuguese Russian Spanish
Smaller Default Larger
Annonce
  • There is no category chosen or category doesn't contain any items

Enquête de la semaine -Retour de la Paix en Casamance, «52 808 déplacés et 20 000 réfugies entre la Gambie et la Guinée-Bissau

Retour de la Paix en Casamance, «52 808 déplacés et 20 000 réfugies entre la Gambie et la Guinée-Bissau

iGFM - (Dakar) Dans le cadre de ses grands dossiers, igfm s'est intéressé au retour de la paix en Casamance, avec le contexte de reconstruction en cours dans le cadre du processus de paix enclenché depuis 2 000 par l'Etat et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc). Un reporter a été dépêché sur le terrain. Reportage.

 

«L'Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (Anrac) a estimé le nombre de déplacés à 52 808 et de réfugiés à 20 000, dispersés entre la Gambie et la Guinée-Bissau. Et parmi les déplacés, 7 886 sont implantés dans la seule commune de Ziguinchor», a déclaré Ibrahima Gassama, spécialiste de la crise Casamançaisele. A cause du conflit armé plus «70 villages sont rayés de la carte. Et sur les 24 villages qui composent les villages de Boutoupa-Camaracounda, l'une des localités les plus dévastées par cette rébellion, 10 villages ont complètement disparu de la carte».

D'après le spécialiste, le revenu moyen d'une famille déplacée vivant à Ziguinchor excède rarement les 40 dollars par mois. On note ainsi un accroissement inquiétant des enfants vulnérables dans la région de Ziguinchor, faute d'une prise en charge correcte par les parents eux-mêmes exposés».

C'est au regard de tout cela qu'un vaste programme de reconstruction de la Casamance estenclenchésur toute la Casamance, dansles localités meurtries par le conflit armé. Devenu uneréalitéaujourd'hui, le premier retour au bercail, a été fatal pourcertains. Ils ont subi toutes sortes d'exactions de la part d'une part de l'armée et d'autre part des combattants de Atika. Ils sont accusés d'être de connivence avec le camp ennemi. Aujourd'hui, les choses semblent s'améliorer.

Grande opération de restauration de la souveraineté nationale, de sécurisation des personnes et des biens

Une descente sur le terrain a permis de constater que plus de 50 villages qui avaient abandonné leurs localités, ont aujourd'hui retrouvé leurs foyers, dans le département d'Oussouye, grâce à la grande opération de restauration de la souveraineté nationale, de sécurisation des personnes et des biens menée par l'armée en août 2006 et a concerné tout le nord Sindian. L'ex-communauté rurale de Santhiaba Manjack, une circonscription qui regroupe les villages d'Effock, Youtou et Djirack, riverains de la frontière avec la Guinée-Bissau, dans la forêt de la basse Casamance, au Sud du département d'Oussouye. La descente d'igfm sur les lieux a permis de s'enquérir de la situation.

Jusqu'à un passérécent, Effock, Youtou ou Djirack, vivaient les stigmatsde la crise armé en Casamance. La seule évocation de leurs noms, rappelle un passé douloureux sans précédent des populations qui, aujourd'hui, tentent de retourner dans leur terroir. Hélas ! De 1993 à 2006, ils ont subi les affres de la crise Casamançaise. Lieux de refuge des combattants du Mfdc, ils ont été le théâtre d'âpres combats entre «Atika», la branche armée du Mfdc et l'armée sénégalaise.

Le processus de paix enclenché depuis 2 000

Tellement la destruction a été incommensurable sur le terrain. Populations, bétails, habitats voire même l'impénétrable forêt de la basse Casamance, n'ont pu résister sous le poids de la crise et des affrontements armés dans cet espace communautaire jadis grenier de la Casamance des rizières. Aujourd'hui, avec le contexte de reconstruction en cours dans le cadre du processus de paix enclenché depuis 2000 par l'Etat et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) sur le terrain, beaucoup de populations, sont en train de retrouver leurs localités.

C'est le cas à Youtou, Effock et Djirack, entre autres, dans la Communauté rurale de Santhiaba Manjack, au fin fonds de la forêt de la basse Casamance à quelques encablures de la frontière avec la Guinée-Bissau. En effet, en empruntant la piste sinueuse et cahoteuse du parc de basse Casamance lors d'une descente de terrain effectuée dans la zone, on était loin d'imaginer que ces localités réputées difficiles, il y a quelques années seulement, sont en train de renouer avec le cours normal de la vie. Le processus de retour des populations déplacées a fini de rassurer nombre de sceptiques. Aujourd'hui, les populations qui sont retournées au bercail, s'activent tant soit peu, dans la pêche, l'Agriculture. Mieux, certaines pistes de production barrées à cause des mines, sont ouvertes au va et vient des populations. Jadis, toutes les voies qui conduisent à ces villages sont truffées de mines et la seule voie d'accès était fluviale, à l'aide de pirogue.

Campagnes de sensibilisation

Trouvé dans sa maison à Effock, le vieux Alphose Diatta, confie que «les campagnes de sensibilisation entreprises à l'endroit des déplacés et autres réfugiés de la zone ont fini de porter leurs fruits. Ce mouvement soutenu par l'Etat et ses partenaires au développement se traduit aujourd'hui par une politique de reconstruction des maisons et de réhabilitation ou de construction de nouvelles infrastructures socio-économiques au bénéfice des masses populaires. Un peu partout, sur l'étendue de la Comme de Santhiaba Manjack, des infrastructures sociales de base et des projets sont sortis de terre. À Youtou et à Effock, les personnes retournées ont déjà bénéficié d'un complexe socioculturel réceptionné depuis septembre 2004 grâce à un concours de l'ancien Programme national d'infrastructures rurales (Pnir).

Cette infrastructure, véritable bijou aux yeux des populations locales, fait aujourd'hui la fierté de l'ex-Conseil rural de Santhiaba Manjack, devenue commune par letruchementde l'Acte 3 de la Décentralisation. Il avaitabrité le collège d'enseignement moyen de Youtou. Il a, en son sein, un atelier de formation des filles-mères sans maris en teinture, en couture et en transformation de fruits locaux, entre. Ainsi, il a contribué à la réinsertion des déplacés et également à la relance des activités génératrices de revenus dans le Santhiaba Manjack. Les efforts de l'Etat et de certains partenaires au développement évoluant en Casamance comme le Programme d'appui au développement socio-économique pour la paix en Casamance (ProCas) de la coopération allemande au Sénégal ont été également ressentis dans le domaine de la santé.

L'effort de paixrécompensé

Les populations sont soutenues par leurdésirde retrouver leurs terres.C'est ainsi, après avoir réalisé plusieurs postes de santé et des maternités à Youtou, Effock, Essaout, la Coopération allemande a entrepris un vaste programme de formation des comités locaux de gestion de santé pour mettre fin à la léthargie qui les caractérise un peu partout dans les collectivités locales de la région. Ceux de l'espace communautaire de Santhiaba Manjack ont pu bénéficier d'un renforcement de capacités en matière de santé communautaire, de politique des soins de santé primaires et des stratégies de pérennisation conformément à la politique de transfert de compétences arrêtée par l'Etat, entre autres modules retenus par les responsables du centre régional de formation de santé de Ziguinchor.

La reconstruction a été également visible dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture et des infrastructures marchandes. Si Essaout a fini d'étrenner son marché hebdomadaire, des villages comme Djirack, Youtou et Effock ont renoué avec le maraîchage dans des blocs communautaires. Il en est également des infrastructures sociales de base qui se sont affaissées sous le poids de la crise dans la zone. On peut citer, entre autres, les établissements scolaires, les puits et les digues anti-sel dans les rizières de Youtou et d'Effock grâce à l'appui du Procas en Casamance.

Sur le plan social, le processus de retour des populations déplacées, entamé depuis 2000 et soutenu par la reconstruction des maisons, bénéficie désormais d'un appui de la part de l'Etat du Sénégal. En effet, par le biais de l'Agence nationale pour la relance des activités socio-économiques en Casamance (Anrac), l'Etat est en train de couvrir certaines maisons construites en banco à Youtou et Effock. Cette phase-test de couverture des maisons conduite par l'Anrac et certains partenaires au développement a touché l'ensemble des villages de l'ex-communauté rurale. Autant d'efforts qui ont contribueront à convaincre davantage les milliers de déplacés de la localité qui hésitent encore à effectuer le mouvement inverse vers leur terroir d'origine pour le remettre définitivement sur les rails du développement durable.

A Boutoupa Camaracounda, tout est priorité

Devenue commune, à l'instar de Santhiaba Manjack, Boutoupa Camaracounda, localité frontalière avec la Guinée Bissau, même offrant un visage radieux,traînetoujours lesséquellesde la crise arméenCasamance. Elle est composée entre autres, des villages de Baraka Bounao, Baraka Pakao, Baraka Patata, Dialoum Bainouck (poubo), Bindialoum Manjack, Boffa, Bourafaye Baino, Bourofaye Diola, Guidel Bambandika, Mpack, Niabina, Niafena, Yabone. Si 13 villages sont retournés, 11 n'ont pas encore regagné leurs terres, de peur non seulement de sauter sur une mine, mais surtout de voir leurs efforts de retour tourner au cauchemar, pour manque d'assistance. «L'aide de l'Etat, reste une priorité. Lareconstructiontant chantéen'a pas donné lesrésultatsescomptés. Dansbeaucoup de localités, les populations retournées, n'ont toujours pas bénéficié de zinc pour couvrir leurs maisonsreconstruites. L'eau potable et l'électricité reste un luxe dans la localité,alors que nous sommes à 12kilométrésd'une haute tension. Ilne suffit qu'un seul poteau, pour bénéficier de l'électricité», a ditMalang Gassama, maire de Boutoupa Camaracounda. Trouvé dans sa concession réhabilitée, le maire a soutenu que tout est priorité dans sa commune.

«Nous n'avons pas de recettes. Comment imaginez une commune sansrecettes. C'est pourquoi, nous sollicitons l'intervention du Pudc qui esten train de faire d'énormes travaux ailleurs, alors que nos localités en construction devraient être ses premières priorités. Nous demandons son intervention, pour venir nous construire des forages, afin que nous puissions bénéficier d'eau potable. L'eau que nous consommons ici est de qualité douteuse. Le vaste programme de reconstruction de la Casamance semble faillir à sa mission. Depuis, un certain temps, rien n'a étéconcrétisésur le terrain. Des Ong sont en train de faire de leur mieux, mais l'intervention urgente de l'Etat demeure une priorité pour que le retour des populations soit effectif», a crié Malang Gassama.

Le cri de coeur de l'ong Apran

Selon Demba Keita de l'Ong APRAN, basée à Ziguinchor qui lutte pour que les populations retrouvent leur quiétude, leur vie normale dans leur communauté, leurs activités économiques, leurs relations sociales, la situation reste toujours préoccupante. «Tant qu'on laisse en rade une bonne partie des populations, exclues de fait du Projet Pôle de Développement de la Casamance (PPDC) et du Plan Sénégal Emergent (PSE) parce que simplement leurs villages sont suspects de la présence des mines, on ne peut pas s'attendre à ce que les ambitions de l'Etat en matière de sécurité alimentaire et de développement soient atteints», déclare-t-il. Il confie que son Ong, suite à une demande forte des populations, nous sommes en train de dérouler, sur 3000 hectares, dans les départements de Ziguinchor, Sédhiou et Bignona, un projet agricole dans les filières agro-industrie (papaye) et dans la production de biocarburants et de produits pharmaceutiques (ricin).

Sekou Dianko DIATTA (Envoyé Spécial en Casamance)

 

S'inscrire à notre newsletter